Bon, au bout d'un an, on a enfin fini par poser ce fichu bout de moquette, à cause que monsieur avait dit aux poseurs de parquet : non, non, le faites pas, je mettrai du truc pour lisser et je peindrai par dessus.
Un an et demi avec un trucmoche et tout pourri, jusqu'à ce qu'un dimanche après-midi, je traîne les filles chez Casto à 18 heures pour acheter de la moquette.
Que j'ai essayé de découper avec des ciseaux.
Que je suis retournée au carouf pour découvrir avec bonheur qu'il existe des cutters à moquette.
Qu'à ce stade, j'en ai tellement marre que je découpe n'importe comment pourvu que ce soit fini, trop court bien entendu, mais vu d'en haut, on voit rien.
Un an et demi pour ça!!!!
Tout à l'heure, j'entends dans mon oreille gauche, celle du cerveau cérébral heureusement ça aurait été la droite, j'aurais plus de mari à l'heure qu'il est : "en janvier, je m'occupe de la salle de bain".
Passke faut vous dire, le chauffe-eau est tombé en panne. Gentil mari l'a fait changer, et pour ça, y'a un monsieur qui a cassé toute la salle de bains et le papier peint avec, passke y'a pas de raison. J'ai laissé les chaussures de Timari envions trois mois dans la douche pour voir s'il se passerait quelque chose, oui, il s'est passé un truc, il ne prend plus de douche, il prend des bains dans l'autre salle de bains, et j'ai laissé aussi les panneaux de bois, et là, il s’est passé un autre truc, c'est qu'au bout de trois mois, je les ai descendus à la poubelle.
Donc, tu penses bien que quand j'ai entendu ça, j'ai susurré bien sûr, mon coeur, pas de problème.
Un peu raide d'avoir grandi avec Mac Guyver et de vivre avec M. Deux mains gauche sauf pour les manettes de son PC.
Quand sa mère nous a offert un porte torchons avec des canards dessus à Noël, j'ai failli lui dire que pour que ce soit utile au lieu de prendre de la place dans mes tiroirs, il aurait fallu qu'elle ponde un fils qui sache planter un clou.
Comme les canards, je les aime surtout laqués, j'ai pas pris la peine d'accrocher le machin bleu, faut pas déconner non plus. Ceci dit, ce Noël là, j'avais été gâtée, celui d'avant, j'ai eu une râpe à fromage (accessoirement, son fils, celui avec lequel je vis, déteste le fromage) avec deux tourterelles découpées collées au dessus avec un ruban rouge. Juré que c'est vrai. Et plus tard, des "bons pour", autant dire des chèques, qui sont soigneusement empilés dans une caisse.
Mais aujourd'hui, le VRAI cadeau, c'est que belle maman cherche à me comprendre en voulant lire les mêmes bouquins que moi. Je renonce. Tant de bonne volonté gaspillée me décourage. Belle maman, je vous aime bien, enfin j'ai rien contre vous, je sais que vous êtes au taquet et pour comprendre l'univers, vous êtes incroyable de patience avec les enfants, je ne vous priverai jamais au grand jamais de vos petites filles ni de votre fils, mais pour ce qui est de nous deux : trouvez-vous des copines!
Evidemment, ce n'est pas en vivant sous la coupe d'un mari égoïste et radin au fin fond d'un bled de trois habitants, à élever deux garçons dans le respect de ce que dit le PERE qu'on peut s'épanouir, et pour ça, vous avez toute ma sollicitude.
Mais, vous comprendrez bien que j'ai déjà assez à faire avec ma propre famille, et que je n'ai pas de temps à perdre. Quand vous m'avez demandé, la bouche en coeur et la voix flûtée, en mettant toute la force vibrante des tendres émotions d'une mère incomprise dans mes petites mains potelées, pour que je vous explique, pourquoi, sincèrement, votre fils n'appelle pas plus souvent j'ai essayé de botter en touche gentiment. Je vous ai dit de LUI demander, il ne me semble pas que ce soit un être avec lequel on ne peut pas communiquer, que diable.
Mais vous avez insisté, et je vous ai re-dit que je n'étais pas la personne la mieux placée pour vous répondre. Et puis, face à votre insistance, j'ai fini par craquer,et j'ai essayé de vous dire, le plus gentiment possible, ce que je vais vous dire là, nettement plus crûment.
Quelques consignes de base en vrac pour vivre en paix avec sa belle fille :
Quand on va voir la première petite fille de son deuxième fils (vous savez, celui dont vous ne pouvez jamais vous rappeler de la date d'anniversaire) à l'hopital :
1 - On prend le temps de retirer son manteau, et s'il se trouve que l'hôpital est sur la route du théâtre, on prend dix minutes de marge, histoire ne pas regarder sa montre toutes les quatre secondes entre deux risette au bébé tout neuf, c'est un peu vexant pour la maman,
2 - Quand les parents de la belle fille, que vous rencontrez pour la première fois à cette occasion, se pointent tout heureux avec une bouteille de champagne, on ne jette pas discrètement le champagne dans les plantes (hé oui, ma mère a des yeux derrière la tête, j'ai oublié de vous prévenir, et pour des raisons que vous comprendrez plus loin, elle n'est pas spécialement pétrie de bonne intentions),.
3- A l'hôpital toujours, on trouve un autre sujet de conversation avec les parents de sa belle fille que les exploits du frère du nouveau papa, par exemple, les exploits du nouveau papa justement, il existe, si, si, il est dans la chambre d'à côté! Et si on ne trouve pas, on invente, ou on se tait, c'est bien aussi.
4- Quand votre fils est rentré de l'hôpital depuis dix jours, et qu'il est chez Casto un dimanche soir pour trouver une perceuse et des vis, on ne lui téléphone pas en pleurs parce qu'on a pas encore eu le temps de vous prévenir qu'on ne viendrait pas le lendemain, parce qu'on déménage et que mon père n'a pas jugé utile de nous ramener notre fille aînée pour foutre le bordel dans les cartons. Non, ça n'est pas une attaque personnelle pour foutre votre vie et votre emploi du temps en l'air, c'est juste qu'on a deux enfants, un nouvel appartement, un boulot, trois heures de transport par jour, et que les journées ne durent que 24 heures. Et que du coup, c'est ballot, on est un poil débordés.
Morale de cette histoire : on ne fait pas de chantage à son fils d'une manière générale, encore moins quand il a un bébé tout neuf de dix jours en particulier, on ne le fait pas pleurer non plus, et on dit ce qu'on a à dire aux bonnes personnes, et pas uniquement à celles dont vous supposez qu'elles sont capables d'entendre. C'est un bon début pour avoir l'estime de sa belle fille.
Je continue, je remonte dans le temps.
5 - Quand on vient voir sa belle fille et son mari qui travaillent pendant la semaine et pendant trois jours, et qu'on fait les courses uniquement pour le midi et pour deux seulement, on ne passe pas deux heures à expliquer à ladite belle fille qu'elle ne doit pas être surprise si elle trouve deux "petits fromages blancs" dans le frigo. Parce que d'une part, la belle fille ne sait pas où est le frigo, et que d'autre part, ce qui surprend le plus la belle fille, c'est qu'il n'y ait QUE deux fromages blancs. Voyez-vous, une mauvaise habitude qui a cours dans ma famille, c'est de se dire que quand il y en a un qui travaille, c'est celui qui ne bosse pas qui se tape les courses. Et que mes parents, quand ils viennent, ont la fâcheuse manie de remplir le frigo, parce qu'ils savent que je n'ai pas le temps et aussi qu'ils veulent me faire plaisir.
Et ce que vous ne savez pas non plus, c'est que quand j'habitais avec votre fils qui gagnait trois franc six sous et qui se débattait aux prud'hommes pour son premier boulot, ce sont mes parents aussi qui remplissaient le frigo que je venais dévaliser régulièrement.
Enfin, je suis mauvaies langue, hein, vous lui aviez donné un tabouret IKEA et un tapis pour se loger. Bon, maintenant, je peux bien vous le dire, faut arrêter de me réclamer le tapis : je l'ai jeté! Ca va?...Vous voulez qu'on joue une petite musique funèbre?
Je vais finir en beauté, l'argent ma p'tite dame, l'argent...Quand on a un mari qui a passé toute sa carrière à des postes extrêmement bien payés et qui se fait jeter avec un parachute doré et deux ans de salaire, et qui retrouve un poste de consultant tout de suite après, on ne fait pas prendre un emprunt à son fils pour qu'il paye ses études. Même sous prétexte de lui offrir un traitement égalitaire avec son frère dont les études étaient gratuites et qui devait ensuite cinq ou dix ans à l'état (on voit se que ça donne, ça l'a tellement fait chier qu'il s'est barré juste avant d'avoir fini sa thèse, je suis vraiment ravie de payer des impôts, même si je l'adore). A ce niveau là, on ne dit pas traitement égalitaire, on dit égale pingrerie. On ne lui fait pas non plus acheter une twingo neuve. On a passé dix ans à rembourser ces deux saloperies là.
Au fait, oui, je paye des impôts pour répondre à une question que vous m'avez posée, je travaille, je ne vis pas au pays de oui oui, je ne fais pas non plus du troc avec l'état.
- Et quand on vous demande un coup de main, pour la première fois de notre vie (je vous rassure, l'idée venait de moi, j'avais réussi à convaincre votre fils qu'on aurait peut-être une bonne surprise, mais non, en fait, une humiliation de plus), pour acheter un appartement à Paris parce que ça coûte les yeux de la tête, on évite de dire à son fils d'un ton doucereux et après trois semaines de réflexion : "si je compte bien, étant donné les économies que tu as faites pendant cinq ans à louer notre appartement (qui soit dit en passant a doublé de valeur entre deux ) moins cher que le marché, tu as fait 10000 € d'économies". Pile ce qu'on vous demande. La vie est bien faite, non?
Concernant l'appartement justement, celui où vous avez élevé vos deux fils, celui qui vous tient tellement à coeur que j'ai eu beau essayer de le convaincre, on a pas pu habiter ailleurs pendant cinq ans et qu'on s'est fait enfler de 100000 € à l'achat, j'espère tout de même, et malgré ce que vous m'avez dit en tordant vos jolies mains, ne pas avoir trop "meurtri" votre mari en posant le papier peint et en remettant à neuf les deux chambres, croyez-vous qu'il s'en soit remis finalement?
Certainement que son trek dans l'Himalaya lui a fait le plus grand bien pour ça. Et le voyage en Chine, c'était probablement pour digérer le placard que mon père a posé gratuitement dans votre appartement. Par contre, si vous pouviez me rendre le bout de rideau que j'avais accroché et que vous avez viré pour mettre un porte serviette à la place sans me demander mon avis alors que j'habitais là, je vous en serais infiniment reconnaissante.
Bien entendu, j'amalgame ce que votre mari nous dit, et votre discours, mais vous êtes totalement solidaire, non?
Non?
Claquez bien votre pognon avant qu'on hérite (mais je ne suis pas inquiète la dessus) parce qu'il n'est pas impossible que ce jour là, j'emmène votre fils chez Hermès, puis dans la foulée chez Gucci, qu'on aille faire un tour en jet privé à New York pour trouver un bracelet chez Tiffany's, et qu'on aille se faire éclater la panse chez Trois Gros au retour. Juste histoire de guérir votre fils, et de lui montrer qu'il a le droit de se faire plaisir, et que l'argent n'a foutrement aucune espèce d'importance, que quand on a la chance d'en avoir, c'est pour en profiter et en faire profiter les autres, et pas pour se faire enterrer avec.
Ceci dit, il a déjà un peu appris, et quand vous admirez son pantalon, vous pouvez, c'est Armani (et non, ne le comparez pas avec le vôtre, ça n'a rien à voir).
Bon, on se rassure, tout ça reste entre nous, ça ne regarde aucunement mes filles, et votre fils en a pris son parti. Mais comme je le disais au début, pour ce qui est de nous deux, le temps que je digère tout ça, vous feriez mieux de vous trouver des copines que d'essayer de trouver des sujets de conversation avec moi.


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