Ne me demande pourquoi ça me prend là; ce besoin d'écrire mon amour des livres. Pas tous les livres.D'abord et surtout des romans, des polars, des livres
humanistes ou des psycho trucs.
Les livres sont ma source depuis toujours. J'ai toujours un livre près de moi, quel que soit l'endroit : dans mon sac, dans le coffre de ma voiture, partout dans la maison, maintenant sur mon
IPOD, où j'écoute les contes de Jacques Salomé dans les bouchons, en pensant à ce qui me semble important, et pas aux conneries qui veulent m'envahir. Parfois, je remets back to black que
j'écoute en boucle en ce moment.
Les filles doivent déjà en avoir cinquante, de livres.
Et je me souviens, enfant, avoir eu ce besoin urgent d'apprendre à lire, pour ne plus dépendre des adultes ni devoir attendre qu'ils aient du temps pour avoir le bonheur de me plonger dans
une histoire, qui contenait le plus souvent des mots étranges comme brocards, rubbis, taffetas, envoûtements.
Dès que j'ai su lire, les livres ne m'ont plus quittée.
J'aimais particulièrement cette histoire de lutin qui avait deux chapeaux, celui qui pouvait le faire voyager dans le temps, et celui qui pouvait le faire voyager dans l'espace. Ce rêve ne m'a
jamais quittée. Nous le faisons tous. J'aimais aussi cette histoire du pêcheur qui est très pauvre et qui remet à la mer un poisson en échange de la promesse qu'il lui accorde tous ses
voeux. La femme du pêcheur le houspille d'abord pour sa naïveté puis se rend compte que la promesse est réelle. Elle exige tant et tant qu'à la fin, elle est plus pauvre qu'elle ne l'était au
début du conte.
Quand je retrouve par hasard les images d'un livre que je montre à ma fille, je suis transportée dans un monde que je croyais avoir oublié, j'ai 6, 7 ou 8 ans de nouveau.
Adolescente, j'ai adoré certaines vacances chez ma tante, qui habitait Lausanne. Pendant qu'elle travaillait, je pouvais plonger dans sa bibilothèque, et y choisir le livre avec lequel je
passerai la journée, assise en tailleur sur le parapet, au bord du lac. Je me souviens de "Mes nuits sont plus belles que vos jours". Dans la biliothèque de ma mère, les Carnets d'or, de
Doris Lessing m'ont enthousiasmé à la même époque. J'écoutais les disques de Joan Baez de ma mère.
Je ne peux pas les emprunter dans une bibiothèque municipale, j'ai besoin de savoir qu'ils sont là, autour de moi, eux avec lesquels je me construis, s'ils restent dans ma famille, ça me va
aussi, je eux le voir quand je veux.
J'ai un ami qui ne peut pas prêter un livre qu'il a lu, comme si un peu de son âme allait se transmettre.
Pourtant, et curieusement, je leur rends bien mal l'amour qu'ils m'inspirent. Je les écorne, les ouvre durement pour rendre la lecture plus confortable, et le plus souvent, j'ai oublié l'histoire
deux jours après les avoir finis. Ne me demandez pas d'en citer les auteurs, la plupart du temps je n'en connais aucun, quand j'ai pris ne serait-ce que trente secondes pour en regarder le
nom.
D'ailleurs, il m'arrive régulièrement de racheter un livre que j'ai déjà lu.
Je me souviens quand même parfois des auteurs.Si je fais partager ma lecture, alors je dois noter le nom, ou trouver livre pour mon mari quand je sais qu'il aime ce qu'il en a lu avant. Pour les
rares que j'aime vraiment, je vais aller chercher tout ce qu'ils ont écrit.
Les lectures sont des rencontres. Moi qui n'ai pourtant aucune affinité avec mon beau père, j'ai découvert dans sa bibliothèque les Carnets de Camus, qui sont restés mon livre de chevet. Des
petits bouts de phrases magnifiques, dans lesquelles je peux piocher au hasard : tout est beau.
Il m'est arrivé de jeter des livres à la poubelle. Rarement, mais c'est arrivé. De terribles erreurs de casting, je ne voulais pas de ces mots là dans ma maison, comme une possible contagion.
Si je suis déçue, je ne poursuis pas la lecture. Comme je l'ai lu récemment, "je m'en voudrais probablement de ce temps perdu quand je serai sur mon lit de mort". Il y a trop de bons livres à
lire pour passer du temps sur ceux qui ne vous conviennent pas. Houellebecq et Angot font partie de ceux là. Nombrilistes et déprimés, je n'ai jamais pu en lire plus de dix pages. Et ça me met en
rage de les voir portés aux nues par les critiques. Pareil à l'école, je n'ai jamais pu ire les voyages de gulliver, quel ennui mortel, et décortiquer un texte était la pire torture qu'on puisse
m'infliger. Avec la sempiternelle question : "Et vous croyez madame (les profs de français que j'ai eu étaient toujours des femmes), que l'auteur a vraiment voulu dire ça quand
il l'a écrit?". On s'en tape, franchement, qu'est-ce qu'on s'en tape...
Peut-être que je lis comme j'aime. Vite et en diagonale ;-), parfois avec passion, rarement avec indulgence, et pourtant j'accepte volontiers la mièvrerie à certaines heures. Evidemment, je suis
fascinée par les passages où les hommes brulent les livres, par la censure qui sévit sur eux. Empêcher de lire, c'est empêcher de vivre.
C'est surtout le seul espace où personne ne me demande de compte.
.
Les livres sont mon espace de liberté totale, ma planche de salut.
Mon rêve serait de pouvoir en écrire un.


Derniers Commentaires