Bon, en fait, j'écris plus du tout. Parce que voilà, j'ai des cernes sous le menton, le moral dans les tongs, et un mauvais pressentiment.
On est en 2009, je suis dans une boîte qui licencie depuis plusieurs années déjà. Evidemment, les chiffres sont mauvais. Ajoute à ça un manager qui fait marcher son équipe sur la tête faut de
savoir la faire avancer droit, et ça donne des réunions où les mecs manquent carrément de se frapper.
Surprenant comme il semble difficile de comprendre que ce n'est pas en traitant les gens de son équipe de bons à rien qu'on la fait avancer.
J'assume d'avoir beaucoup de boulot, j'aime ça, même, si on en rajoute pas une couche tout le temps.
Là, on passe de Mickey à Guignol à longueur de journée. Je te passe celui qui fait radio moquette et rajoute dix tones de bordel.
Alors, la petite nouvelle, qui s'entendait bien avec son chef, là, elle est carrément toute seule. Elle l'a bien cherché, on l'a bien prévenue.
Le midi, j'ai pas encore trouvé où m'oxygéner, alors je roule pendant une demi heure avant de revenir au bureau. Pathétique.
Le soir, je tombe sur des films sur le cancer. Ca m'aide pas. Parce que je me demande comment on peut passer autant d'énergie sur des trucs insignifiants alors que certaines personnes passent leurs
journées entières dans la merde.
Mes repères ne sont pas les bons. Quand l'autre me demande d'un air indigné si moi aussi, je déteste les profs en pensant qu'ils ne font rien alors qu'ils ont des milliers de copies à corriger, que
veux tu que je réponde? Que ma mère les soignait, les profs, et leurs enfants, ou leur mère, ou leur cousin, et que ça a plombé mon enfance, toutes cette mort autour de moi, tout le temps, en
vacances, le week end, quand on croisait quelqu'un qui disait "ah, vous avez soigné mon père, vous vous souvenez ?
Oui, on ne se souvient que trop.
Que là, il fait beau, et que ma mère avait envie de penser à autre chose, pendant ces quinze jours de vacances, ou au moins, faire semblant de penser à autre chose. Que le cancer, on en parle
jamais à la maison, qu'il ne fallait pas le nommer là, sous le soleil de juillet, laisse nous s'il te plaît, elle n'est pas la seule personne à qui tu peux en parler.
Trente malades par jour pendant quarante ans, c'était le quota, ça en fait, des gens à croiser...
Que tout le monde se fout des gens qui soignent ceux qui vont mourir, que personne ne veut savoir ce que ça fait, une vie avec la mort des autres autour de vous...
Je me fous des copies des profs, je me tape de vos poblèmes d'ego, je ne sais pas perdre une heure à éplucher le nouveau document de calcul de notre variable en 20 pages.
Alors, faut que je trouve un endroit, dans cette foutue zone industrielle de merde que je mets une heure et demie à rejoindre tous les matins, où je vais pouvoir poser mon cul de wonder girls le
midi avec un bouquin pour passer au moins une heure loin de tous ces vrais problèmes existentiels de calcul de variable, et de l'autre il a dit que, tu te rends compte? Non, je me rends pas compte.
Désolée, je m'en fous. Je sais. C'est mal.
Derniers Commentaires